Les notes ci-dessous font suite au débat Village semence du 13 mars 2021 sur le thème :
Communication agricole : Quel nouveau paradigme ? *

Outre le constat des années passées d’une communication trop réactive et dispersée, l’un des messages-clé du débat est de devoir parler d’Agriculture, non pas au singulier, mais d’AgricultureS au pluriel, pour rendre compte de la diversité des projets, des filières… Cela n’est pas si simple, car il en va des messages (l’approche est sémantique plus qu’en termes d’éléments de langage formatés), des postures (ouverture, transparence…) et des cibles, en privilégiant le grand public, les consommateurs-citoyens et autres parties prenantes, ONG comprises… Cette diversité, parfois perçue comme un handicap pour une communication uniformisée (et souvent centralisée, et même parisienne !), est en réalité un véritable atout pour répondre aux multiples attentes vis-à-vis de l’agriculture,  et couper court aux visions simplistes ou binaires.

Mais l’enseignement le plus important doit être tiré de l’expérience d’agriculteurs impliqués dans une communication positive, comme l’association Fragritwittos ou celle de réseaux comme Youtube : il  faut parler avant tout d’Agriculteurs et d’Agricultrices, des hommes -et des femmes ! – passionnés par leur métier et mettre en avant cette dimension humaine, bien plus que les techniques ou les pratiques.

Cela suppose des organisations agricoles (interprofessions, syndicats, entreprises…) une révision de leur stratégie pour accompagner et encourager les agriculteurs dans cette démarche d’ouverture, de dialogue et d’échange pour éviter des postures défensives, à travers les multiples outils de communication, dont les réseaux sociaux. En conséquence, cela revient à privilégier des acteurs de terrain aux porte-parole ou représentants d’institutions (y compris syndicats), laisser parler les agriculteurs et les mettre en avant  (par des témoignages, des histoires personnelles, des itinéraires de vie), plutôt que de parler en leur nom à travers un discours institutionnel, généraliste eau risque d’être perçu comme coupé des réalités ….

En parallèle, il sera nécessaire de revoir les politiques de relations presse pour assurer une meilleure présence dans les médias ou les relations publiques, voire les stratégies d’influence ou de défense par rapport aux formes de contestation de l’activité agricole elle-même (ex : antispécistes).

D’autres « principes » complémentaires (mais non accessoires) sont apparus comme fondateurs de cette nouvelle communication ouverte, authentique et responsable :

  • Favoriser et encourager l’expression d’agriculteurs sur leur terrain, sur le territoire où ils exercent leur activité, dans leur ferme, en lien avec leur(s) production(s), leurs évolutions, leurs démarches de progrès…
  • Privilégier l’ouverture pour éviter « l’entre soi » et le vocabulaire qui lui est facilement lié (notamment langage technique) et/ou sortir d’une posture réactive, voire corporatiste.
  • Faire preuve de pédagogie pour expliquer, montrer, faire connaître et «faire savoir» la réalité et la diversité des métiers, dans toute leur complexité (multiplies dimensions et fonctions : alimentation, environnement, santé, changement climatique…)
  • Parler plus encore des femmes, des jeunes, pour mettre en valeur cette diversité de projets (de filières, de terroirs…) autour d’une dynamique d’installation et de création d’activité, avec des profils parfois en rupture avec les schémas traditionnels : Nima, HCF, néopaysans…,
  • Promouvoir -et multiplier- les initiatives de dialogue, d’échange et de partage avec « les parties prenantes », en priorité à l’échelle locale (associations, écoles, élus…)
  • Être à l’écoute (et en veille) des interrogations sociales par rapport à de nouvelles attentes pour mieux savoir y répondre.

Rémi Mer
15 mars 2021